Les Ordures, la Ville et la Mort

« Une ville où à chaque coin de rue, partout et tout le temps, on rencontre, si on ne bute pas immédiatement sur elles, les contradictions que d'ordinaire on travaille, avec succès, à voiler. » R. W. Fassbinder

Intentions

Les Ordures, la Ville et la Mort de Rainer Werner Fassbinder, écrite en 1976, n'est toujours pas publiée en France parce qu'elle aborde certainement trop de tabous à la fois : antisémitisme, fascisme ordinaire, prostitution, sadomasochisme, honteuse culpabilité post-Shoah, misère affective et existentielle, décadence de la ville.

Nous ne ferons pas semblant d'être à Francfort-sur-le-Main dans les années 70. Nous sommes ici, aujourd'hui.

Ici, la Ville est portée par un langage cru et violent, telle une pierre qui roule dans la bouche des personnages. Une ville chaotique et inhabitable comme la lune.

Fassbinder rend la beauté de cette décadence avec ses personnages mouvants et paradoxaux, absurdes et destructeurs, qui se dérobent sans cesse à l'entendement.

Nous découvrons des personnages qui se cachent dans la ville, assistons à l'errance des figures mythiques de la cité, un vagabondage de créatures misérables et insignifiantes. Ces figures refoulées de la honte portent leur croix mais soudain, au moment où l'on ne s'y attend plus, elles font jaillir du silence un cri incroyable. Une façon très violente, immédiate et sans écho, de signifier à l'un que l'autre existe.

À travers une lumière tout à fait mordante de réalité, Fassbinder nous invite à traverser nos propres zones d'ombre dans cette épopée dérisoire. Il nous dévoile ces personnages sans grande joie ni apprêt, tout en nous proposant de les regarder avec tendresse, ces êtres que l'on dénude jusqu'à la dernière médiocrité, pour les aimer enfin.

Une avancée tragique vers la lucidité.

Distribution

Avec James Buttling, Sarah Clauzet, Manon Guillemain, Kévin Jouan, Gabriel Haon, Estelle Magaud, Romain Martinez, Manuel Montaya, William Petipas


D'après la traduction de Jörn Cambreleng

Assistant à la mise en scène : Jonathan Harscoët

Espace sonore : Lander Yaben


Costumes et maquillages : Florence Louné

Mise en scène : Matthieu Luro