Masenko

« Ne vous cassez pas la tête sur les motifs de ce combat, mais intéressez-vous aux enjeux humains, jugez sans parti pris de la forme des adversaires et portez votre attention sur le dernier match. » Bertolt Brecht, Dans la jungle des Villes 

Intentions

A priori, Masenko c'est une fête

A priori une communauté invitée

A priori une réception

A priori, des retrouvailles


Une provocation

Sans raison apparente

Et c'est une fête qui dérape

Des invités qui se défient

Qui retrouvent leurs corps

Un jeu sérieux

Une colère joyeuse

Que de se battre


Duel après duel

La fête déborde par les corps

Impossible de quitter l'arène

Il paraît que les maigres combattent jusqu'à l'épuisement

Garga et Schlink, Mercutio et Tybalt, apparaissent petit à petit

S'invitent au milieu du public

Viennent Brecht, Michaux, Handke et Shakespeare

Où se tient une fête

Un chaos

Une redécouverte de la communication et de l'échange

Qui vrille.

Le Spectateur

Le spectateur paraît être invité à un vernissage ou une réception un peu étrange. On peut penser aux réceptions organisées par Andy Warhol, où le spectacle naissait par la co-présence « fortuite » de marginaux, d'êtres singuliers.Soudain, une provocation jaillit et c'est l'ouverture de l'arène : la scène devient ring où la lumière se tend pour permettre l'affrontement. Le spectateur est alors juge, comme dans une arène de gladiateur et témoin du parcours de chacun des êtres combattants.

 

Un combat sans raison apparente, un principe dramaturgique avant tout. Par la cascade d’événements, de coups portés qui constituent le combat, le rituel organisé trace les limites de chacun, un gros plan sur chaque personnage face à une situation extrême. On assiste à l'éclosion des corps, entre brutalité et délicatesse.

Du corps à corps à la joute verbale, nous convoquons petit à petit un expressionnisme outrancier, jusqu'à la limite du crédible, mais qui nous tient accrochés au spectaculaire. Nous sommes alors au théâtre comme à un match de catch. On voit bien que c'est un jeu, qu'il y a des règles et des limites, et que ce sont bien des acteurs que nous regardons. Jusqu'à ce qu'arrive le débordement, la limite, le dépassement de l'acteur par son propre jeu. Par là nous cherchons à questionner une mythologie singulière de l'acteur, moteur de la tragédie même du spectacle.

Masenko est une pièce de sang et de sueur. La question du don, du partage et de l'invitation sont au centre de cette tentative scénique. Aller jusqu'au bout, atteindre le dépouillement par la dépense et par l'excès.

L'équipe

Textes de Bertolt Brecht, Henri Michaux, Henrick Nordbrandt, Peter Handke et William Shakespeare

Avec Jonathan Harscoët, Gabriel Haon, Estelle Magaud, Romain Martinez

Mise en scène : Matthieu Luro

Collaboration artistique: Sarah Clauzet

Article de Serge Latapy pour Sud-Ouest - 02/03/17

Extraits Radio - Au Pays du Théâtre, 30/04/2015