Orgia d'après Pasolini

André Masson. Dessin pour Justine. 1928.
André Masson. Dessin pour Justine. 1928.

«Seule une mise à mort spectaculaire, opérée dans les conditions que déterminent la gravité et la collectivité de la religion, est à même de révéler ce qui d'ordinaire échappe à l'attention.»

Georges Bataille

Intentions

Ce monologue, solitude d'un acteur et solitude d'un homme, évoque le rapport à l'impossible communication.

Ici la mort est seule et unique voix.

Elle prend de la hauteur et fait maturer la parole. Ici, grâce au théâtre nous nous trouvons en présence d'un mort qui par le biais du langage a une emprise sur les vivants. C'est une orgie de mots qui nous submerge ; exubérante et outrancière dans le flot , dans le sens...

Nous voilà donc en présence d'un « homme qui a fait un bon usage de la mort ». Ainsi la seule prise de parole pour exprimer sa différence a été un acte définitif, la pendaison.

On se trouve face à une exigence de la vie, avec un homme s'observant dans cet acte superbe de mort, qui devient peu à peu tranchant.

Il insiste.

Il a enfin manipulé sa différence dans sa propre mise à mort.

Ça crache, ça insulte presque le spectateur qui se retrouve, durant un temps, à la place de la femme : spectatrice, maltraitée, niée. Il est attaqué car, lui, renie le rapport entre l'érotisme et la mort. Longtemps, il fût ce juge infâme qui empêchait l'expression de la singularité. Mais à présent le mort manipule sa différence et interroge le masque social, le secret contenu dans chaque ilot d'intimité.

D'abord ennemi, le spectateur est ensuite appelé à être innocent, à être actif dans le texte, face au jeu possible avec le personnage.

Mais en interrogeant le rapport à la différence, l'homme ne se pose pas en messie.

Il n'y a pas de réponse.

Il n'y a pas de sentence.

Juste un flux de mots, de fils qui essaient enfin de parler.

En contrepoint avec ce monde quitté « où personne ne parlait ».

La chambre conjugale où prend place l'action est le théâtre.

Où le spectateur se retrouve presque à la merci de ce fantôme.

Enfin,

la parole se libère.

Précisions

Orgia d'après Pasolini n'est pas un spectacle de La Compagnie des Figures.

C'est une forme spectaculaire qui a amené la compagnie. Première trace d'un rapport au langage, à la Ville, à l'Autre. Ce premier choix de mise en scène est chargé de sens : sensibilité à une écriture théâtrale exigeante et une volonté d'affirmer une certaine pratique du théâtre.

Un travail en solitude avant que de chercher la force du collectif, de la compagnie.

L'équipe

Avec Matthieu Luro

Espace sonore Lander Yaben